Médecine traditionnelle chinoise et médecine occidentale : Dans la différence et la complémentarité

Pour comprendre la médecine traditionnelle chinoise (MTC), il faut aimer l’aventure ! En effet, nous devons laisser de côté les repères et les assises pris pour acquis depuis bien longtemps en Occident. Il faut aussi sortir de notre zone de confort pour s’ouvrir à quelque chose de complètement nouveau et parfois déstabilisant. Ainsi commence le voyage…

La MTC comporte un important volet philosophique. Toutes ses sphères s’en trouvent fortement imprégnées. Afin de la comprendre sans s’arrêter strictement à son aspect imagé, poétique, simpliste ou peut-être archaïque, il faut replacer les éléments dans leur contexte. La MTC est née il y a plusieurs siècles, donc non seulement dans une partie du monde éloignée et différente de la nôtre, mais dans une ère bien lointaine. Il s’agit d’un système non basé sur la science ou la rationalité, mais plutôt sur l’observation des phénomènes, la perception, l’intuition et le senti, et qui est profondément rigoureux et cohérent. On y découvre une vision du monde très inclusive qui se répercute dans chaque sphère et dans chaque concept de cette médecine plusieurs fois millénaire.

Prenons comme exemple la notion d’organes. Celle-ci existe aussi bien en médecine occidentale (MO) qu’en MTC. En MO, chaque organe est d’abord un concept purement physique et considéré séparément des autres composantes du corps. Il possède ses propres fonctions physiques, mécaniques, observables, palpables, et ce isolément du reste. C’est sans doute pourquoi un symptôme est perçu d’une telle façon : il sera lui aussi isolé de son ensemble et analysé ainsi. Cette façon de voir le corps est très bien reflétée dans le domaine de la chirurgie, ce joyau de la médecine moderne. Pour démontrer par un exemple simple et concret cette façon de comprendre le corps, prenons le cas d’un asthmatique. Le traitement médical visera ici essentiellement les bronches afin de soulager les crises et contrôler la maladie. Les différents médicaments employés s’attaqueront donc à faire disparaître ou à diminuer fortement les symptômes spécifiques au système respiratoire.

En MTC, un organe, bien qu’étant un élément physique, a un pouvoir d’influence beaucoup plus grand dans son rôle au sein de l’organisme et dans ses fonctions. Il en est de même en cas d’affection. L’organe est avant tout considéré dans son interaction avec les autres sphères qui composent l’être. Ainsi, contrairement à la MO, l’aspect psychique trouve sa place dans la MTC. Puisque l’être humain est compris à travers le rapport harmonieux de toutes ses composantes, la prévention est vue ici comme primordiale pour conserver et renforcer la tendance qu’a le corps de tendre vers l’équilibre. Si nous reprenons l’exemple cité plus haut, l’acupuncteur décèlera effectivement chez l’asthmatique une faiblesse du Poumon, ce qu’on appelle « traiter la branche », mais il pourra aussi incriminer une déficience des fonctions de la Rate (possiblement dans le cas de mucosités importantes) ou encore du Rein (possiblement dans le cas d’une grande difficulté inspiratoire), ce qu’on appelle « traiter la racine ». Le traitement sur le long terme sera ainsi rigoureusement choisi selon la sémiologie générale présentée par le patient. Des questions d’ordre plus général, ne concernant pas uniquement le système respiratoire, seront alors abordées. C’est ainsi qu’il sera pertinent de parler de son niveau d’énergie, sa digestion, son élimination, son sommeil, son niveau de frilosité, etc. Pour le patient, il est très important de pouvoir contrôler ses crises lorsqu’elles se présentent, et la MO offre des outils exceptionnels dans ce domaine. Cependant, il peut être aussi très intéressant d’axer le traitement sur la prévention en renforçant ce que nous appelons le « terrain » en MTC.

Finalement, le temps n’est-il pas venu de parler de médecine complémentaire plutôt qu’alternative ? En effet, nous réalisons de plus en plus que ces deux façons de comprendre et de traiter le corps, en MTC et en MO, ne sont pas opposées, mais plutôt compatibles. Nous constatons aujourd’hui l’efficacité de l’acupuncture dans la médecine intégrée, notamment en oncologie, dans le traitement des effets secondaires de la chimiothérapie et de la radiothérapie. La MTC, bien que très différente de ce que nous connaissons en Occident, est non seulement efficace, mais aussi holistique, ne laissant aucune sphère de l’individu en plan. Elle vaut la peine qu’on s’y attarde, non seulement parce qu’elle continue à faire ses preuves depuis 3000 ans, mais aussi parce qu’elle inspire à vivre sainement.

Sources :

O’SULLIVAN, E. M. et I. J. HIGGINSON. 2010. « Clinical effectiveness and safety of acupuncture in the treatment of irradiation-induced xerostomia in patients with head and neck cancer: a systematic review », Acupuncture in Medicine.

SCHROEDER, S., MEYER-HAMME, G. et S. EPPLÉE. 2011. « Acupuncture for chemotherapy-induced peripheral neuropathy (CIPN): a pilot study using neurography », Acupuncture in Medicine.

WALKER et al. 2009. « Acupuncture Versus Venlafaxine for the Management of Vasomotor Symptoms in Patients With Hormone Receptor-Positive Breast Cancer: A Randomized Controlled Trial », Journal of Clinical Oncology.

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