L’orgasme au besoin éloigne le médecin : La tension sexuelle comme cause de déséquilibres en médecine traditionnelle chinoise, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

Orgasme

Une grande majorité d’hommes « orgasme » durant les relations sexuelles. Pour les femmes, on estime à environ 30% celles qui jouissent régulièrement (Le nouveau rapport Hite, 2002). Comment interpréter cet écart ? Serait-il le reflet d’une société qui privilégie d’abord et avant tout le plaisir masculin ? L’orgasme, puisqu’il n’est pas nécessaire à la procréation, serait-il facultatif ? Possèderait-il des effets bénéfiques, autres que le plaisir ? Et s’il faisait partie intégrante d’une bonne santé ? Voyons comment la grille d’analyse de la médecine chinoise permet d’observer plusieurs bénéfices d’une vie sexuelle saine.

L’excès sexuel

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) parle souvent d’excès sexuels comme cause de divers déséquilibres. Il n’y a pas de chiffres préétablis quant à la fréquence idéale des rapports sexuels, mais il est clair qu’une sexualité excessive dépasse, par définition, les besoins propres à la personne. Lorsque cette limite est franchie, on notera, à la suite de l’activité sexuelle, l’apparition ou l’aggravation de certains signes et symptômes : fatigue importante, vertiges, vision trouble, douleur lombaire, urines fréquentes, etc. Cette situation concerne particulièrement les hommes, et nous en verrons ici la raison.

En MTC, l’Essence des Reins est une substance précieuse et nourricière qui permet, entre autres, la création de la vie. Elle est directement liée à la conception et à la fertilité et se matérialise de façon différente chez l’homme (sperme) et chez la femme (ovules et sang menstruel)[1]. Chez l’homme, la perte importante de sperme engendrée par des éjaculations trop fréquentes finira par épuiser directement les Reins, où l’Essence est stockée. La demande étant trop grande, le corps ne disposera alors pas du temps nécessaire à la régénération et il devra puiser dans ses précieuses réserves. On comprend ainsi pourquoi en MTC les excès sexuels représentent une cause de déséquilibres chez les patients de sexe masculin, par l’émission de sperme impliquée et la perte d’Essence en résultant.

La femme n’épuise pas son Essence de la même façon. Certaines peuvent émettre une perte liquidienne lors de l’orgasme ou de l’excitation sexuelle, mais ce liquide n’a pas le pouvoir fertilisant du sperme et n’est donc pas considéré comme de l’Essence. Cette précieuse substance est plutôt contenue dans les ovules et dans le sang menstruel. C’est par une ménorragie chronique, des accouchements hémorragiques (ou répétés/rapprochés) ou encore la stimulation ovarienne (comme elle est pratiquée dans les processus de procréation assistée) que la femme finira par épuiser l’Essence de ses Reins, et non par des relations sexuelles excessives.

Nous le voyons, au sujet de la sexualité, la MTC s’est surtout intéressée à l’excès et à ses impacts  sur la santé des hommes. On pourrait penser à tort que les femmes ne sont pas concernées par les conseils portant sur la vaste sphère sexuelle, et pourtant… Une sexualité mal vécue (et pas seulement excessive) aura des effets majeurs sur la santé de tous et toutes.

 

La tension sexuelle

En MTC, le désir sexuel répond principalement du Yang des Reins. Lorsque ce Yang est trop abondant, la personne pourra mener une vie sexuelle excessive pour ses capacités. Si, en contre-partie, le Yang est faible, on observera bien souvent une libido très basse, voire absente. Bien sûr, une situation où le désir et l’activité sexuels sont tous deux absents, donc balancés, ne donnera lieu à aucun déséquilibre. Ce sera tout de même le reflet d’une faiblesse des Reins. Un appétit sexuel bien dosé et bien assouvi est gage d’une bonne santé. Une sexualité désirée mais absente, trop faible ou non satisfaisante, peut aussi être une cause de pathologies.

L’énergie sexuelle doit bouger, circuler et être en mouvement. Quand le désir et l’excitation naissent, le Yang des Reins s’embrase et ce phénomène provoque la turgescence (gonflement) typique des organes sexuels. L’orgasme, salutaire, permet ensuite la détumescence (retour à la normale) grâce à plusieurs réponses physiologiques : éjaculation de fluides accompagnée de contractions rythmiques (périnéales, intra-vaginales, utérines, etc.) provoquant le reflux du sang par vagues. Cette décharge bénéfique rend possible la libération de la tension accumulée, un retour au calme, ainsi que la remise en circulation efficace et harmonieuse de l’énergie (Qi) et du Sang. Cette libre-circulation est importante pour la sphère gynécologique féminine[2]. Or, comme nous l’indiquions plus haut et malgré tous les avantages démontrés que procure l’orgasme, Le nouveau rapport Hite (2002) indique que moins d’une femme sur trois orgasme régulièrement lors des relations sexuelles (ce chiffre monte à 44% avec stimulation clitoridienne).

Impacts physiques

Si l’excitation sexuelle ne trouve pas de voie de sortie par l’orgasme, l’énergie créée aura tendance à s’accumuler et à stagner. Tout blocage à ce niveau résultera inévitablement non seulement en une tension sexuelle, qu’on peut traduire par une Stagnation de Qi, mais éventuellement en une Stagnation de Sang spécifiquement à l’utérus. Parfois, les menstruations, telles une soupape, aideront et suffiront à éliminer ces stagnations. D’autres fois, lorsque plus importantes, elles s’accumuleront et entraîneront, ou participeront, à des pathologies gynécologiques diverses, telles la dysménorrhée, l’endométriose, les kystes, les fibromes, etc. Par exemple, durant la période prémenstruelle, le sang commence déjà à s’accumuler dans la région génitale. Si à cela s’ajoute une congestion locale préexistante, la zone se trouve alors doublement engorgée et le pronostic de douleurs menstruelles pourrait s’avérer.

Une vie sexuelle sans orgasme peut donc être la cause d’une grande variété d’affections. Le lot d’atteintes de la sphère génitale féminine peut ainsi trouver quelques explications. De plus, l’absence d’orgasme répétée, alors que la femme se retrouve régulièrement à un point élevé d’excitation, provoque bien souvent son lot de frustrations…

Impacts psychologiques

En MTC, le Foie veille de façon permanente à ce que la circulation se fasse sans entrave dans l’ensemble de l’organisme. Tout stress, colère ou autres émotions mal gérées, non exprimées et persistantes, occasionneront un blocage qu’on traduit en MTC par un syndrome bien précis : la stagnation du Qi du Foie. Le méridien du Foie parcourt les organes génitaux internes et externes, l’abdomen et la poitrine, ce qui explique son lien privilégié avec ces zones qu’il dessert. La libre-circulation est bloquée par l’insatisfaction sexuelle perpétuelle et par toutes les émotions associées (dépression, malaise, colère refoulée, rancune, sentiment de solitude, humiliation, culpabilité, etc.). Dans ce contexte, la sexualité ne peut pas être optimale. L’orgasme devient difficile à atteindre et le cycle se perpétue.

C’est ainsi que notre corps nous parle. Or, il existe tellement de façon de lui faire violence et de l’ignorer pour le taire, le refuser, l’oublier toujours plus… Parmi les moyens les plus violents pour contrôler la sexualité des femmes par la limitation de la jouissance, rappelons le cas bien connu de l’excision, ou des autres formes de mutilations des organes génitaux féminins, matérialisation du déni de la sexualité de la femme. La libération sexuelle n’est pas aisée pour toutes. Pour y arriver, l’esprit doit être ouvert, confiant, apte à ressentir et en paix avec certains traumatismes, malheureusement trop fréquents dans l’intimité des femmes. Les obstacles au lâcher-prise nous éloignent du moment présent et peuvent être multiples sur le chemin : honte, tracas, peur, appréhension, manque de confiance, patterns bien ancrés, mauvais souvenirs qui refont surface, blessures, etc. L’objectif de la « normalité » et le conditionnement social, soit par la religion, la culture, l’éducation ou l’hétérosexisme, nous éloignent de notre nature, nous privent de notre liberté et provoquent souvent un malaise sexuel profond, plutôt qu’une saine et souhaitable expression. Cette situation freine encore plus la libre-circulation de l’énergie par le biais d’émotions telles la gêne, la peur de déplaire, la honte de demander, la crainte du jugement, etc.

Se refaire une santé

Il n’est pas question ici de culpabiliser, de multiplier les relations sexuelles et de viser l’orgasme à tout prix, ce qui risquerait potentiellement de nous éloigner… Le temps du devoir conjugal est révolu. Les relations sexuelles non désirées, plus fréquentes qu’on ne le croit, entravent elles aussi la libre-circulation au bassin et engendrent des blessures d’ordre psychologique. Encore faut-il réapprivoiser ces rapports et en avoir envie, afin qu’ils soient agréables et libérateurs. Sinon, le risque sera grand d’accumuler les blocages. Bien sûr, n’oublions pas qu’une stimulation adroite est souvent essentielle.

Pour arriver à plus d’épanouissement sexuel, il faut prendre en charge sa propre sexualité et s’autoriser la jouissance, avec ou sans partenaire, avec ou sans pénétration, pour soi d’abord. Le persistant tabou de la masturbation féminine, cette liberté culturellement refusée, ne rend cependant pas la chose facile. Pourtant, Le Nouveau Rapport Hite démontre que l’autostimulation, malgré le peu de place qu’on lui accorde, demeure le meilleur moyen pour les femmes d’atteindre l’orgasme (avec 95% de taux de réussite, en un temps moyen de quatre minutes). Ces statistiques sont porteuses d’espoir. Elles démystifient l’orgasme féminin et déconstruisent la fausse croyance selon laquelle les femmes prennent beaucoup de temps à jouir, qu’elles sont « frigides » ou anorgasmiques. Quand les femmes cessent d’être passives et d’attendre que le plaisir leur soit prodigué, elles prennent la responsabilité de leur propre orgasme… et savent très bien l’atteindre.

Il est grand temps que les femmes se réapproprient leur corps pour mieux l’habiter, le comprendre, l’expérimenter et, surtout, afin de faire des choix libres. Alors peut-être, une fois leur sexualité sortie de l’ombre, arrêteront-elles de renoncer à leur plaisir et accepteront-elles même de le partager…  À quand remonte votre dernier orgasme… ?

 


 

Hite, Shere, 2002, Le nouveau rapport Hite sur la sexualité féminine, Paris, Robert Laffont

Maciocia, Giovanni, 1998, Gynécologie et obstétrique en médecine chinoise, Bruxelles, SATAS

Maciocia, Giovanni, Maciocia online, http://maciociaonline.blogspot.ca/2011/07/sexual-life-in-chinese-medicine.html

Bruce, Heater, Easy babies, http://easybabies.com.au/the-aim-of-pre-pregnancy-acupuncture-treatment/

Bruce, Heater, Easy babies, http://easybabies.com.au/periodsfertility-pregnancy-and-loving-the-missing-link/

Bruce, Heater, Medigogy, http://www.medigogy.com/archives/missing-link-orgasms-freeing-stuck-liver-qi


[1] Il est intéressant de noter qu’à l’état embryonnaire, les testicules et les ovaires proviennent du même endroit, tout près des reins.

[2] Par sphère gynécologique féminine, on fait ici référence au cycle menstruel, à la fertilité, à la grossesse, à l’accouchement, à la ménopause, etc.

12 réflexions au sujet de “L’orgasme au besoin éloigne le médecin : La tension sexuelle comme cause de déséquilibres en médecine traditionnelle chinoise, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.”

  1. Ouah TRÈS beau texte!!!
    Bravo et merci de nous le faire partager!
    Je vais surement faire des liens sur mes symptômes et petites connaissances sur le sujet.
    Merci encore!

  2. comme pour et dans tout, la nature nous ayant dotée de ce dont nous avons besoin. Le meilleur usage est dans l’équilibre. Et vive la MTC

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