L’ACCOUCHEMENT EN CONTACT, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

* Article paru sur le blog du Centre Pleine Lune, le 2 juin 2015

 

femme-instinct

Les hôpitaux existent depuis 200 ans. Or, les femmes accouchaient bien avant leur création. Aujourd’hui au Québec, 98% des accouchements se font en milieu hospitalier. La culture médicale s’est imposée comme seule voie dans le domaine de la naissance, et ce, avec une telle autorité que la rupture est totale avec la façon dont nos ancêtres donnaient naissance. C’est pourtant aussi grâce à eux que nous avons survécu, eux qui passaient par ces mêmes processus physiologiques avec leurs ressources, leurs savoirs et leurs connaissances.

Nous nous permettons aujourd’hui de poser des gestes et des interventions de façon routinière, qui interfèrent avec des processus physiologiques complexes riches de milliers d’années d’évolution, même si nous sommes pertinemment conscients de ne pas maîtriser tous les mécanismes en cours, ni toutes les conséquences possibles. Nous ignorons donc une partie de la portée de nos actions, souvent posées sur des accouchements eutociques, avec une telle légèreté, par simple protocole, sans raison précise, ni calcul de risques. Les habitudes sont malheureusement plus faciles à instaurer qu’à changer, même avec de solides preuves scientifiques à l’appui. J’aimerais mentionner que plusieurs interventions sont des découvertes et outils incroyables et qu’elles ont leur place dans certains accouchements difficiles, c’est-à-dire comme plans B. Ce texte se veut cependant une vision du plan A de la naissance.

 

La force de l’instinct

L’instinct peut être compris de plusieurs façons. Le Petit Robert nous donne la définition suivante : « [f]aculté naturelle de sentir, de pressentir, de deviner[1] ». Celui dont je veux parler est différent, beaucoup moins subtil, plus brut. Il s’agit de cette « [t]endance innée à des actes déterminés, exécutés parfaitement sans expérience préalable et subordonnés à des conditions de milieu[2] ». En d’autres mots, cet instinct est un comportement puissant qui s’exécute sans apprentissage préalable, pourvu qu’on le laisse émerger. C’est bien de celui-ci dont il est question quand Michel Odent nous propose de renouer avec notre côté « mammifère[3] », ceux avec qui nous partageons la majeure partie des étapes de l’accouchement.

L’instinct est directement lié à la présence d’hormones dans le corps, qui ont évoluées selon nos besoins et permis notre survie comme espèce. C’est donc grâce à la sécrétion et à la mise en circulation de ces puissantes substances que l’accouchement physiologique peut avoir lieu. Elles sont de première importance et c’est ce qui explique les précautions de base qu’on applique aux animaux lors de la mise bas : intimité, tranquillité, distractions et spectateurs au minimum, interventions seulement au besoin, le moins d’entraves imposées possibles, respect des positions adoptées, etc. Elles visent à éviter toute perturbation du processus naturel en cours. Malheureusement, ces mesures essentielles traduisant une compréhension, un certain respect et une grande confiance s’appliquent rarement aux femmes dans la majorité des milieux hospitaliers. Pourtant, elles en bénéficient tout autant, pour la simple raison que les hormones du stress sont antagonistes à celles de l’accouchement. Par exemple, l’ocytocine est très puissante et permet les contractions, mais elle est aussi timide, se dissipant à la moindre menace. C’est ce fragile équilibre qui protège tout le processus.

Socialisation

L’humain diffère des autres animaux entre autres par le surdéveloppement de son néocortex, siège de la pensée, de la raison, de la logique, de la rationalité, etc. La socialisation fait aussi appel à cette partie du cerveau et permet l’inhibition des instincts et, ultimement, un contrôle de la société sur le comportement des individus qui la composent. Les conséquences du non-respect de ces codes mènent au jugement, au rejet et à la culpabilité. L’instinct refait tout de même surface lors de certaines situations où les hormones sont fortement présentes : la peur, la sexualité, la grossesse, l’allaitement, l’accouchement, etc. En effet, la naissance étant une expérience corporelle, loin du rationnel, le système endocrinien arrive à la rescousse pour « endormir » le néocortex, grâce à l’affluence d’hormones. Les endorphines soulagent la femme et la font entrer dans un état de conscience altéré, une « bulle hormonale », la rapprochant de son instinct. Plus la femme en travail sera laissée dans « son monde », moins son mental sera sollicité, plus ses ressources hormonales endogènes veilleront sur l’accouchement. Cet « état second » lui permettra une présence à son corps, à ses sensations et à ses besoins profonds. C’est le signe que tout se passe bien et que les bonnes hormones circulent. Elle adoptera alors des positions atypiques, des sons étranges, ainsi qu’un comportement culturellement dérangeant, rendant l’entourage impressionné et parfois inconfortable devant cette femme qui semble devenir « hors-contrôle ».

Le manque de confiance et de respect pour le corps des femmes, celui qu’on a tellement dressé, conquis, contrôlé, critiqué, soumis, agressé, dont on a abusé, souvent au profit des hommes, est enraciné depuis plusieurs siècles et continue de teinter les visions (incluant celles des femmes sur leur propre corps), les approches, ainsi que les interventions médicales. On a convaincu tout le monde qu’accoucher est dangereux, comme s’il s’agissait d’une maladie, ce qui a ouvert la porte à une panoplie d’interventions. La femme qui commence son travail est donc une personne en état de vulnérabilité, face à la possible menace de son propre accouchement. Pourtant, une femme qui se sent en danger, limitée, stressée, apeurée, jugée par ses pairs ou menacée activera son néocortex, tentera de se contrôler et cessera de sécréter les hormones nécessaires à l’accouchement physiologique, suivant le même schème que les autres animaux. Malheureusement, dans les milieux hospitaliers, les protocoles prennent rapidement le pas sur la nature, et on s’adresse alors entièrement à l’être socialisé plutôt qu’au mammifère, discrédité, qui accomplit pourtant l’incroyable tâche de donner naissance.

L’expérience de l’accouchement devient toute autre quand la femme ose croire qu’elle est l’experte d’elle-même, qu’elle seule détient le dictionnaire, qu’elle a tout ce qu’il faut pour mettre au monde son enfant et qu’elle est la seule personne qui puisse le faire, qui sache comment.

Plusieurs femmes adopteront spontanément une position assise en tailleur lors du début du travail. Une fois déconstruite, on se rend compte que cette flexion rotation externe des jambes ouvre le haut du bassin, permettant au bébé de s’engager.

Cette sensation d’être victime se transforme alors en force immense qui la rend active, confiante et l’actrice principale de son propre accouchement, plutôt que le médecin. L’attitude en devient une d’ouverture, plutôt que de fermeture. La clé de l’accouchement physiologique est donc de passer de ce sentiment de vulnérabilité à celui de la force. Puisque le mental peut aider ou nuire et que nos perceptions sont influencées par nos croyances, les femmes gagnent à s’ouvrir à des modèles positifs d’accouchements qui se sont bien déroulés.

Pathologie vs physiologie

Nous vivons dans une société médicalisée qui fait en sorte que dès l’enfance, notre relation avec la maladie en est une de faiblesse. Nous nous en remettons continuellement à plus savant que nous face au moindre inconfort, avant même de nous demander la raison de ce malaise et les possibles solutions. L’expertise de notre propre corps est continuellement extérieure à nous-même, du diagnostic à la prescription. Nous médicalisons la moindre douleur sans jamais se demander ce que nous pourrions faire de celle-ci, encore moins ce qu’elle pourrait nous apprendre, et l’accouchement n’y échappe pas…

Depuis que la médecine s’est appropriée la naissance, l’accent a été mis sur la pathologie de l’accouchement, plutôt que la physiologie, qui devrait pourtant être le point de référence. Bien que l’intensité des sensations d’un accouchement eutocique ne soit pas pathologique, cette douleur est habituellement associée à la maladie, et traitée comme telle. Face à une femme en travail, l’entourage ainsi que le personnel hospitalier se projettent naturellement dans la douleur de la naissance. Le réflexe est donc d’apporter de l’aide par l’élimination de cette douleur à tout prix, ce qui est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’épidurale est offerte à tout vent, avant même qu’une demande n’ait été faite. Pourtant, une femme qui semble avoir atteint sa limite envoie avant tout un signe qu’elle a épuisé ses ressources, ou qu’elles sont inexistantes. Cette femme a certes besoin d’aide, mais plutôt que d’être limitée et dirigée, elle gagnerait à être accompagnée, d’abord pour calmer l’anxiété, se faire rassurer que tout va bien, qu’elle et son bébé ne sont pas en danger et qu’elle est bien entourée. Plutôt que d’éprouver la douleur qu’elle semble ressentir, ce simple accompagnement peut faire toute la différence entre le sentiment de force et celui de faiblesse de la femme en travail.

En éliminant la douleur (ou en en diminuant le degré), l’analgésie coupe une grande partie des informations que le corps transmet. Cela engendre une dépendance à l’aide extérieure pour nous guider puisque nous sommes d’abord des êtres physiques; le corps est notre premier outil pour comprendre, explorer et expérimenter le monde. Quel est le rôle de la douleur dans un accouchement ? La douleur guide le corps pour accompagner le passage du bébé.

 

« La douleur est inévitable, la souffrance est facultative. »

– Proverbe bouddhiste

 

Essayer de trouver en soi un certain espace de bien-être est de première importance et n’est pas toujours synonyme d’absence de douleur. Cette dernière rappelle plutôt l’absence de contact, qui nous coupe à la fois de la douleur, mais aussi du bien-être. Ce n’est donc ni la douleur, ni l’inconfort, ni le malaise qui empêche le bien-être, mais plutôt la souffrance, qui inclut une composante émotive. Ne pas vouloir que la sensation soit présente et y résister diffère d’accepter et d’accueillir sa présence, tout en trouvant des moyens de mieux la tolérer. Amener le mental à relâcher, plutôt que de résister, se répercute sur le physique et permet l’ouverture dont le corps a besoin pour répondre à ces sensations intenses (tensions, étirement maximal des tissus, etc.). Quand la femme a intégré que les sensations et les contractions de l’accouchement sont ses alliées, le douleur est peut-être toujours présente, mais la souffrance diminue alors de beaucoup.

Désirs vs besoins

Nous avons parfois tendance à prendre nos désirs pour des besoins dans plusieurs sphères de la vie. La distinction entre ces deux concepts est cependant extrêmement importante lors de l’accouchement. Les premiers viennent du néocortex, alors que les deuxièmes sont directement liés à l’instinct. Les désirs répondent souvent à un besoin anticipé ou imaginé, et peut parfois ne pas être en lien avec la réalité, le moment venu. Prenons l’exemple du plan de naissance. Son élaboration invite le couple, et la femme en particulier, à se pencher sur ce qui vient et à essayer de mieux de s’y préparer. Cet exercice fait en grande partie appel au néocortex.

Quels éléments doivent être rassemblés pour que le couple et la femme se sentent en confiance?

Où son corps serait-il confortable pour donner naissance ?

De qui aimerait-elle être accompagnée?

Pour qu’une femme plonge dans l’aventure de la naissance, elle doit aussi arriver à entrer en contact avec ses besoins et à les exprimer. Ce processus est facilité lorsque commencé durant la grossesse et en préparation à l’accouchement par le contact avec le corps et le ressenti, qui nous connectent davantage aux besoins qu’aux désirs.

 

Quel est le besoin/l’information que donne la sensation ?

Comment pourrais-je y répondre ?

 

Grâce au contact que la femme aura établi avec elle-même, avec ce qui se passe dans son corps, avec ses besoins, ses désirs répondront éventuellement de plus en plus à ses besoins; ils deviendront une seule et même chose. En d’autres mots, plus elle répondra à ses besoins, plus ses désirs concorderont. L’instinct est le fait de laisser monter le mouvement spontané, sans le filtre du désir, amenant un contact direct avec le besoin profond. Il sera alors plus aisé d’accompagner son corps en toute conscience plutôt que de souhaiter ne plus le sentir. Par exemple, le désir peut être l’élimination de la douleur, mais le besoin correspondant peut être la gestion de celle-ci par le mouvement. Au moment de l’accouchement, pour qu’elle puisse entrer en contact avec ses besoins et y répondre, elle doit être pleinement disponible à son corps et à ce qui s’y passe, ce qui ne sera possible que si elle se sent en confiance.

Favoriser le contact

La préparation que le couple aura faite pour l’accouchement teintera de beaucoup la façon dont ils accueilleront l’événement. Plus la femme sera rassurée sur ce qui se passe dans son corps, plus ses sensations seront normalisées et plus elle aura le courage de plonger dans celles-ci avec confiance. Une fois en travail, on peut lui rappeler que les contractions sont des alliées qui aident au processus plutôt que des ennemies redoutables. Lui rappeler que, pour être efficace, la sensation doit atteindre un sommet, devenir très forte, parfois envahissante et que le corps a besoin de passer par là pour avancer, mais qu’après avoir pris toute la place, la vague repart invariablement. Et que plus elle se laisse traverser par cette puissance, moins elle résiste, mieux son travail avancera. Trouver quelques mots à répéter inlassablement, pour la rassurer, répondre à la peur, et lui donner confiance, surtout dans les moments où le doute ressurgit, comme lors de la phase de transition. Nommer ce qui va bien, parler du chemin parcouru, de la force qu’elle démontre.

« Tout va bien. »

 

Pour favoriser une présence au corps, il importe d’abord de viser à apaiser le mental par un certain bien-être. La cascade hormonale arrivera par la suite en renfort pour maintenir cet état. L’environnement doit être sécurisant pour les sens : une attention particulière peut être portée à la température, aux sons, à l’odeur, à l’éclairage. La femme doit retrouver un environnement qui lui ressemble, qui la rend confortable, surtout si elle n’est pas à domicile. Elle se sentira alors davantage « chez-elle », plutôt qu’« en visite », ce qui l’encouragera à délaisser le socialement correct, pour faire place à son instinct. Encourager ses rituels et parfois même y participer avec elle sera très sécurisant. La respiration est une autre excellente façon de ramener dans le corps et de se reposer entre les contractions. Il est possible, par exemple, lorsqu’il y a agitation de simplement inviter à un rythme respiratoire plus calme, avec des mots ou par notre propre respiration. On peut suggérer à la femme d’expirer dans sa douleur, ce qui amènera un relâchement de la zone tendue.

Cette « bulle » créée aura aussi besoin d’être nourrie, renouvelée et actualisée lorsque le temps deviendra long. Un entourage en qui elle a totalement confiance (néocortex de substitution !), qui sait se mettre en retrait tout en étant disponible et qui lui offre une attention vigilante, augmentera son sentiment de sécurité et sa capacité à lâcher prise. L’intimité et la proximité avec le conjoint peut être très rassurante, en plus d’encourager la sécrétion hormonale.

 

« Je suis là, je reste avec toi.»

 

Tout ce qui est calculé ou intellectualisé active le néocortex et inhibe l’instinct : explications laborieuses, horloge, calcul de la progression du travail, etc. Pour éviter cela, il est possible, par exemple, de remplacer la notion de temps par celle du rythme des contractions. Cette approche la gardera connectée à son corps. Il sera aussi préférable d’utiliser le moins de mots possible pour entrer en contact avec la femme et que ceux-ci soit simples, clairs et faciles à comprendre et à intégrer sans réflexion. Encore mieux, utiliser des mots que la femme a elle-même employés. Le silence est aussi une bonne façon d’offrir un espace pour exprimer ce qu’elle ressent. Le sentiment de sécurité étant crucial, il est nécessaire pour la femme d’accueillir et de nommer ses peurs (de l’inconnu, de la maladie, de la mort, etc.) pour les déconstruire et finalement accéder à son instinct et être pleinement présente à elle-même.

 

Le corps comme outil

L’instinct est intimement lié aux sensations physiques. Pour favoriser l’éveil de cette partie oubliée, plusieurs approches corporelles sont possibles parce qu’elles permettent le contact plutôt que l’analyse, la réflexion, le doute, l’anticipation ou la mise en place de mécanismes de défense. Nous savons que le corps atteint l’émotion, mais que celle-ci se manifeste aussi dans le corps. C’est la raison pour laquelle il est important d’apprivoiser la peur de l’accouchement et toutes les autres qui en découlent pour en libérer le physique.

Le corps et ses sensations sont les outils les plus importants de la femme en travail qui vise un accouchement physiologique. Tout d’abord, parce que la naissance est une expérience avant tout corporelle; le corps en est le lieu, l’outil et le guide. Il importe donc d’écouter tout ce qu’il a à nous dire pour bien l’accompagner. Il est intéressant de commencer dès la fin de la grossesse à apprivoiser les sensations, le langage et les besoins du corps pour mieux faire équipe avec son bébé. La conscience corporelle peut être encouragée par diverses approches (mobilisations, étirements, mouvements, positions, suspensions, massage, pressions, etc.) qui favorisent le contact avec le corps, puisqu’il s’agit là du meilleur moyen de favoriser l’autonomie et l’implication de la femme. Les sensations extrêmes de l’accouchement sont d’abord une invitation pour elle à entrer dans son corps, à diriger son attention sur ce qui est en train de se passer. Plus sa présence et son écoute à elle-même seront grandes, moins le corps aura besoin de produire en intensité de la douleur ou des malaises pour la guider.

« Si elle résiste, peu importe où est la source de résistance dans son corps, ses émotions ou sa tête, la douleur ressentie sera à la mesure de sa résistance! »

– Isabelle Brabant

 

À partir de là, les sensations continuent de donner toutes les informations nécessaires à la femme prête à les écouter, les suivre, à se laisser guider. C’est ainsi qu’elle cherchera à s’accommoder avec les contractions utérines et les sensations du passage de son bébé. Ce contact profond participera aussi au sentiment de faire équipe avec son enfant. Elle cherchera alors des moyens d’aider le processus en cours et de répondre à ses sensations physiques, afin de se soulager, ce qui, par la même occasion, diminuera les blocages. Ceci sera confirmé par la précieuse rétroaction que donne continuellement le corps.

C’est lorsque la femme se sent bien accompagnée, qu’elle devient davantage disposée à elle-même, à accompagner son corps à son tour et son bébé. La présence physique d’une autre personne est parfois très rassurante, c’est pourquoi il est important de toujours avertir la femme lors de l’absence de contact prolongée. Le toucher (pressions, frottement, caresses, chaleur, etc.) peut aider la femme à rester dans ses sensations physiques, en plus de la soulager (à la zone sacro-iliaque, par exemple). Pour encourager la femme à être présente à son corps, nous devons aussi l’être au nôtre. Le toucher qu’on offre doit être agréable à donner, autrement, il sera désagréable à recevoir. La qualité de l’accompagnement est donc directement proportionnelle au confort de la personne présente. Lorsque le toucher n’est plus fait avec écoute, confiance et empreint d’un certain bien-être, mieux vaut passer le relais et aller refaire ses forces. Autrement, ce contact pourrait transmettre une sensation désagréable et envahissante pour la femme, puisque si son malaise éveille le nôtre, le nôtre peut aussi éveiller le sien.

Demander à la femme de s’exprimer sur ce qu’elle vit, mais aussi sur ce qu’elle sent, en lui laissant l’espace, en reprenant ses mots, permet de renforcer le contact à son corps et aussi de lui donner un certain recul. Lui demander de nommer la sensation avec une certaine précision, son intensité (sur 10) et l’endroit où elle est située. Cette approche permet d’appuyer sur « pause » pour écouter un peu plus ce que le corps a à dire.

« Quel genre de pression ? »

« Quelle est l’intensité ? »

« Où ça se passe dans ton corps ? »

 

Lui demander de refaire le même exercice un peu plus tard permettra à la femme d’évaluer l’évolution, de prendre conscience de la transformation, du mouvement, des sensations qui changent et du travail qui avance afin de mieux accueillir ce qui viendra. Accepter de regarder, contacter et accueillir la douleur et trouver des trucs concrets pour la transformer, avec l’aide de l’entourage au besoin, permet à la femme de tendre vers encore plus d’autonomie. Demander de l’aide est par ailleurs une très grande preuve autonomie.

« Que vas-tu faire avec cette sensation? »

 

Comme démontré par Hodnett, la satisfaction globale d’une femme par rapport à son accouchement n’est pas en lien direct avec le soulagement de la douleur, mais plutôt avec le soutien reçu et l’implication de la femme[4]. Cela présente la naissance comme une opportunité de croissance plutôt que comme un moment dangereux. Les hormones de l’accouchement, outre de veiller au bon déroulement du travail, ont aussi la fonction de favoriser l’attachement, entre autres grâce au peak ocytocique, permettant de « tomber en amour » avec son bébé, ce qui facilitera toutes les étapes subséquentes. La parentalité ne commence donc pas seulement après l’accouchement, mais bien pendant, et même avant. En effet, la fierté et la confiance en soi d’avoir su faire équipe avec son corps et son bébé, de la conception à la naissance, sont des ressources inestimables et puissantes pour la vie.

 


 

RÉFÉRENCES

Sites Internet :

BUCKLEY, Sarah. « Pain in labour your hormones are your helpers », « Epidurals risks and concerns for mother and baby », Sarah Buckley – Medical Doctor. [http://sarahbuckley.com/] (Mai 2015).

LAHAYE, Marie-Hélène. « Quand les femmes enceintes sont moins respectées que les guenons », Marie accouche là. [http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/] (Mai 2015).

ODENT, Michel. « The physiological reference », Womb Ecology. [http://www.wombecology.com/] (Mai 2015).

Livres et études :

BRABANT, Isabelle. 1987. Ne touchez pas à ma douleur! Lune à l’autre, hiver 1987 vol.4 no.1. Éditeur naissance-renaissance.

CALAIS-GERMAIN, Blandine. 2009. Bouger en accouchant. Éditions Désiris.

RIVARD, Andrée. 2014. Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne. Les Éditions du remue-ménage.

HODNETT, Ellen D. et al. « Continuous support for women during childbirth », Cochrane Database of Systematic Reviews,, 2013.

ROBERT, Paul. 1996. Le nouveau petit Robert. p.1187.

Conférences et formations :

BONAPACE, Julie. Méthode Bonapace -Accoucher en confiance. Avril 2015, UQTR, Trois-Rivières.

BOUCHARD, Mireille. Shiatsu thérapeutique, niveau II. 2005-2008, Institut Gujek, Montréal.

TRELAÜN, Maïtie et Fabien ROUSSEL. Sommet de la Naissance. Mai 2015.

[1] ROBERT, Paul. 1996. « Instinct », Le nouveau petit Robert. p.1187.

[2] Ibid.

[3] Michel ODENT. « The physiological reference », Womb Ecology [http://www.wombecology.com/] (Mai 2015).

[4] HODNETT, Ellen D. et al. « Continuous support for women during childbirth », Cochrane Database of Systematic Reviews,, 2013.

L’ACUPUNCTURE ET LA PÉRINATALITÉ, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

* Article rédigé pour PasSages, journal des étudiantEs sages-femmes du Québec, Vol. 1, mars 2015

De plus en plus de sages-femmes ont accès à des formations en acupuncture obstétricale : en Nouvelle-Zélande, en Europe, dans les pays scandinaves ainsi qu’au Canada, en Colombie-Britannique. Ces sages-femmes constatent qu’en intégrant l’acupuncture à leur pratique, elles évitent plus souvent le recours à d’autres types d’interventions ou à la médication (incluant les inductions). Plusieurs pratiques ont été transformées depuis, comme en témoignent les auteures, acupuncteures et sages-femmes Zita West et Raven Lang. L’acupuncture peut faire toute la différence et permettre aux femmes de vivre une grossesse et un accouchement plus physiologiques, donc une expérience très souvent positive. Les femmes enceintes apprécient généralement l’approche acupuncturale, qui est d’abord préventive et qui prépare le corps, soulage les inconforts et calme le système nerveux durant cette période de constantes adaptations, et ce, sans aucun effet secondaire.

Les acupuncteurs du Québec peuvent suivre une formation exceptionnelle en acupuncture obstétricale, donnée par Jean Lévesque à l’Hôpital Lasalle à Montréal. Ils deviennent ainsi des professionnels dûment formés, ce qui leur permet de traiter efficacement diverses conditions durant la grossesse, l’accouchement et la période post-partum. La formation leur permet également de développer de solides connaissances pour s’assurer d’avoir une pratique sécuritaire (bonne connaissance des contre-indications, de l’anatomie, des limites de la profession, des indications de référence à la sage-femme, etc.).

L’ACUPUNCTURE TOUT AU LONG DE LA GROSSESSE

Suivi préventif: Un traitement par mois est recommandé.

Si condition précise (consulter le plus tôt possible), 3-4 traitements en moyenne sont nécessaires.

• Hypertension

• Prévention de certains types de fausses couches et de menace de travail préterme (MTPT)

• Problèmes digestifs (nausées, reflux, brûlements d’estomac)

• Problèmes d’élimination

• Infections urinaires/vaginales

• Problèmes musculo-squelettiques (tunnel carpien, douleurs lombaires, sciatiques ou pelviennes, etc.)

• Fatigue

• Anémie

• Insomnie

• Tensions émotives

• Prurit

• Sinusite

• Certains types de retard de croissance intra-utérin (RCIU)

• Épistaxis (saignements de nez)

• Troubles de la circulation (hémorroïdes, varices, oedème, etc.)

• Oligohydramnios

• Etc.

Les femmes gagnent à consulter dès l’apparition des symptômes plutôt que d’attendre qu’ils soient insupportables. Ainsi, les traitements permettent d’éviter que certaines grossesses ne deviennent « à risque ». De cette façon, ces femmes peuvent conserver leur suivi sage-femme et le parcours qu’elles ont choisi. Elles sont encouragées à informer leur sage-femme qu’elles consultent en acupuncture et des raisons du suivi. La communication entre la sage-femme et l’acupuncteur-e assure non seulement une complémentarité et une cohérence dans le traitement, mais elle permet aussi de prévenir et de dépister certaines conditions, de connaître les plans de traitement, les possibilités et les limites, ainsi que d’avoir des retours sur les résultats des traitements, afin de s’ajuster au besoin.

L’ACUPUNCTURE POUR FAVORISER LA VERSION FOETALE

Un à deux traitements hebdomadaires à partir de la 30e semaine, ou dès que possible.

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• Stimulation de la version foetale

• Augmentation de la production de liquide amniotique

• Détente du système nerveux

Si une version par manoeuvres externes (VME) est prévue : un traitement 24-48h avant l’intervention est recommandé afin de favoriser la production de liquide amniotique et d’augmenter les chances de réussite.

Si la femme soupçonne le bébé de s’être tourné suite au traitement d’acupuncture, la position céphalique est à confirmer par la sage-femme.

L’ACUPUNCTURE POUR PRÉPARER L’ACCOUCHEMENT

Un traitement hebdomadaire à partir de la 37e semaine est recommandé.

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• Prévention du dépassement de terme

• Favorisation de l’effacement, de la dilatation et de l’assouplissement du col

• Préparation du périnée

• Stimulation de la contractilité utérine

• Favorisation de la descente

• Favorisation du positionnement optimal du bébé

• Détente/Relaxation

• Tonification du système

• Etc.

Si induction médicale imminente : traitement 2-3 jours avant l’intervention, afin de favoriser une bonne réponse et un travail efficace, avec le moins de médication possible.

Si un toucher vaginal est effectué par la sage-femme, les informations recueillies sont d’un grand intérêt pour l’acupuncteur-e (bien qu’il-elle puisse tout de même travailler sans ces informations).

L’ACUPUNCTURE AU MOMENT DE L’ACCOUCHEMENT

L’acupuncteur-e peut assurer une présence tout au long de l’accouchement, si une entente préalable a été prise avec la femme. Certains-nes acupuncteurs-es acceptent aussi de se déplacer sur disponibilité, de façon ponctuelle et au besoin, au moment même de l’accouchement.

• Réduction du temps de travail

• Stimulation de la descente foetale

• Réduction du nombre d’interventions nécessaires et des risques associés

• Soulagement de la douleur

• Favorisation de la présentation optimale du bébé

• Stimulation d’un travail efficace

• Favorisation de la dilatation et de l’effacement du col

• Réduction de l’oedème du col et du périnée

• Réduction des risques de déchirures

• Réduction de la résistance du plancher pelvien

• Régularisation du coeur foetal

• Détente du système nerveux

• Tonification de l’énergie

• Favorisation de la délivrance placentaire

• Diminution des risques d’hémorragie

• Etc.

Plus les traitements sont entrepris tôt lors de l’accouchement, meilleure sera la réponse. Bien qu’un certain soulagement de la douleur soit appréciable, ce suivi vise d’abord à accompagner les différentes phases du travail, à en raccourcir la durée et à diminuer les risques de transfert des soins vers le médecin. La communication des besoins, attentes et intentions de chacun est cruciale. Informer l’acupuncteur-e des observations recueillies lors des touchers vaginaux.

L’ACUPRESSION

L’acupression peut être une option intéressante pour les sages-femmes ou pour toute personne accompagnant la femme en travail. Cette technique permet d’agir avec efficacité sur certaines conditions. Plus les points sont stimulés tôt, dès le début du travail et en respect du senti de la femme, meilleure sera la réponse. Voici un lien (cliquer!) vers un document d’intérêt, conçu par l’acupunteure Debra Betts, qui enseigne aussi l’acupuncture aux sages-femmes de la Nouvelle-Zélande, expliquant les bases de l’acupression durant le travail

L’ACUPUNCTURE ET LA PÉRIODE POST-PARTUM

Si une condition précise est présente, consulter le plus tôt possible. 3-4 traitements en moyenne sont nécessaires.

• Soulagement des tranchées utérines

• Traitement de la dépression post-partum

• Réduction du temps de récupération

•Traitement des problèmes d’allaitement

• Diminution des saignements persistants

• Soulagement des douleurs

• Tonification de l’énergie et du système immunitaire

• Détente du système nerveux

Beaucoup de sages-femmes québécoises, gardiennes de l’accouchement physiologique, réfèrent en acupuncture pendant la grossesse. La place qu’on lui offre en périnatalité grandit peu à peu, laissant entrevoir les nombreux avantages de la complémentarité interprofessionnelle. Car si l’acupuncture constitue parfois une excellente alternative à des traitements plus invasifs, elle peut être aussi une véritable extension des soins périnataux offerts aux femmes. C’est pourquoi la collaboration entre professionnels de la santé au sein de l’équipe est plus que jamais essentielle afin d’assurer des soins de qualité, plus efficaces et sécuritaires. Il n’en tient qu’à nous, acupuncteurs et sages-femmes, de mettre les efforts nécessaires pour que ces liens se tissent encore plus !

Chantelle Vignola-Clermont, Acupuncteure

L’acupuncture et la fertilité, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

 

La conception dépend d’un fragile équilibre permettant la production et la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde de bonne qualité, la fécondation, le développement d’un embryon, puis le maintien de conditions spécifiques optimales à son implantation et à son développement. Pour un couple aux prises avec des problèmes de fertilité, cette succession de petits miracles peut, après plusieurs mois d’essais infructueux, apparaître comme inatteignable.

Avec l’aide de différents traitements et d’interventions, combinés à certains changements dans les habitudes de vie du couple, d’importants gains peuvent être réalisés et faire toute la différence. Parmi les pistes de solutions qui méritent d’être envisagées, le couple peut se tourner vers l’acupuncture. Porteuse d’espoir dans le domaine de la fertilité, cette médecine plusieurs fois millénaire a largement démontré son efficacité, et ce, de plusieurs façons.

 

Diminuer le niveau de stress

Le stress a un impact réel sur la fertilité. Ses répercussions sur le système endocrinien sont directes. En effet, un système nerveux sous tension libère des substances contre-productives à la cascade hormonale nécessaire à la reproduction. En cause dans différents problèmes de fertilité, comme les troubles de l’ovulation et la diminution de la circulation sanguine au système reproducteur, le stress peut toutefois être diminué par des traitements d’acupuncture, dont l’effet sédatif a été maintes fois démontré. En stabilisant le système endocrinien, l’acupuncture aide le cerveau à maintenir les hormones du stress à des niveaux plus bas. L’attention du corps est ainsi ramenée à la régulation de mécanismes tels que la reproduction.

 

Régulariser le cycle menstruel

La régularisation du cycle menstruel ne concerne pas seulement sa longueur, mais aussi sa qualité. Pour permettre la compréhension et le traitement des problèmes de fertilité féminine, la médecine chinoise a décrit le cycle menstruel en plusieurs phases, toutes interreliées et possédant une fonction spécifique : Sang (menstruations), Yin (phase folliculaire), de transformation du Yin au Yang (ovulation), Yang (phase lutéale) et Qi (prémenstruelle).

La prise de la température basale et l’observation de plusieurs autres signes du corps, par la méthode sympto-thermique (MST), permettent de mieux repérer, situer et observer les différentes étapes que le corps franchit dans un cycle, et d’en faire l’analyse. La MST constitue non seulement une précieuse alliée en recherche de grossesse, mais aussi un très bon outil diagnostique permettant à l’acupuncteur de travailler sur l’optimisation du cycle de façon plus précise.

 

Augmenter la circulation sanguine aux organes reproducteurs

L’irrigation adéquate des organes reproducteurs améliore leur fonctionnement et constitue un aspect très important de la fertilité, tant chez l’homme que chez la femme. Des entraves à la circulation sanguine, parfois dues à la présence de tissus inappropriés, d’obstructions et d’adhérences dans la zone génitale, peuvent entraîner des problèmes de conception. Le stress peut également diminuer la circulation pelvienne. L’acupuncture favorise un bon afflux de sang aux organes ciblés, permettant ainsi d’en optimiser les fonctions et de favoriser la réceptivité de l’endomètre, caractéristique très importante pour la nidation de l’embryon.

 

Prévenir certains types de fausses couches

L’acupuncture aide à prévenir les fausses couches causées par des réactions physiologiques ou par des problèmes d’implantation. Dès les premiers signes, quelques traitements peuvent contribuer à calmer l’utérus, à enrayer les contractions et à arrêter les saignements. Dans le cas d’un historique de fausses couches à répétition, un suivi avant la conception permet d’optimiser les réserves du corps en amont. Poursuivis quelques semaines une fois la grossesse débutée, les traitements participent à la prévention.

 

Infertilité inexpliquée

L’infertilité inexpliquée s’avère un diagnostic médical frustrant puisque les tests « classiques » présentent des résultats normaux. Parfois, le déséquilibre n’est pas assez significatif pour être détecté, mais il l’est suffisamment pour représenter une embûche à la conception. Or, la médecine chinoise a la spécificité de cibler et de traiter certains déséquilibres avant même qu’ils ne causent des dommages. Grâce à un bilan de santé complet, dans une optique holistique qui prend en considération différents aspects de la vie de la personne, l’acupuncture peut cibler certains éléments qui ont des impacts directs sur la sphère reproductive. De plus, un couple à la recherche d’une grossesse, mais qui ne présente pas de déséquilibre majeur, peut être suivi en acupuncture, à titre préventif, de la même façon qu’on préconise une bonne hygiène de vie en préconception.

 

Fertilité masculine

L’acupuncture peut améliorer la fertilité masculine, qui est toute aussi importante, quoique rarement abordée. La bonne qualité du sperme est essentielle à la conception et plusieurs facteurs l’influencent. Des traitements d’acupuncture peuvent, par exemple, augmenter la quantité et la qualité des spermatozoïdes en favorisant la circulation locale et la régulation hormonale. Puisque la maturation complète d’un spermatozoïde nécessite jusqu’à trois mois, un suivi en acupuncture pour une même durée est recommandé. Il peut être intéressant d’effectuer un spermogramme avant et après la période de traitements, afin d’observer les changements.

 

L’acupuncture pour accompagner la procréation assistée

L’acupuncture favorise une meilleure réaction du corps à la procréation assistée. Un suivi hebdomadaire durant les deux à trois mois précédant la procédure est recommandé, surtout si l’âge de la femme est avancé, ou s’il y a des problèmes hormonaux ou de nidation connus. Les traitements permettent alors de préparer le corps, le système endocrinien, la cavité pelvienne et l’endomètre. Par la suite, l’acupuncture peut accompagner la femme à chacune des étapes de la procédure. Grâce à ces traitements, on observe une diminution du stress, des effets secondaires reliés aux médicaments, ainsi qu’une meilleure réponse aux traitements hormonaux. L’acupuncture vise aussi à assurer une bonne circulation sanguine à l’utérus et à favoriser l’implantation.

 

Prendre en charge sa fertilité

Le parcours en fertilité est parsemé d’embûches, d’espoirs, de hauts et de bas. Bien que vous soyez possiblement suivis par plusieurs professionnels, n’oubliez jamais que vous êtes ceux à qui votre projet tient le plus à cœur. Posez toutes vos questions, demandez des explications, faites vos recherches et trouvez vos réponses. Mais surtout, délimitez votre zone de confort et respectez votre rythme et vos limites, pour que le chemin que vous parcourez vous ressemble et vous amène plus loin.

 

Références :

Lewis, Randine, 2005, The Infertility Cure, Little, Brown and Company

 

Betts, Debra, 2006, The essential guide to Acupuncture in Pregnancy & Childbirth, The Journal of Chinese Medicine

 

Maciocia, Giovanni, 1998, Gynécologie et obstétrique en médecine chinoise, Bruxelles, SATAS

 

Quelques études :

Controlled study on acupuncture for treatment of endocrine dysfunctional infertility

Acupuncture normalizes dysfunction of hypothalamic-pituitary-ovarian axis.

Electroacupuncture reduces uterine artery blood flow impedance.

Controlled study on Shu-Mu point combination for treatment of endometriosis

Acupuncture as a therapeutic treatment option for threatened miscarriage

Eastern medicine approaches to male infertility

Exploring the effects of Chinese medicine in improving uterine endometrial blood flow for increasing the successful rate of in vitro fertilization and embryo transfer

Article paru sur le site mamanpourlavie.com, le 26 mai 2014,

ainsi que sur le site de Seréna Québec, le 10 juillet 2014

L’acupuncture: une alliée précieuse, de la préconception à la naissance, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

Acupuncture

La grossesse est un moment spécial dans la vie d’une femme au cours duquel plusieurs découvrent une force particulière : celle de leur corps, plus vivant que jamais (malgré la fatigue !). L’acupuncture possède une affinité particulière avec cette énergie de la grossesse, qui fait que tout bouge et que tout change constamment.

Les mécanismes et les principes de l’acupuncture diffèrent grandement de ce que nous connaissons en Occident. Ils permettent de concevoir la santé d’une toute autre façon en ouvrant un monde de possibilités. Toutefois, cela représente un grand défi pour le non-initié : il doit assouplir ses convictions pour faire place à l’inconnu, ce qui peut parfois être déstabilisant. Nul besoin, toutefois, de remettre complètement en question la médecine moderne. Au contraire, la complémentarité dans le domaine de la santé est plus que souhaitable. Elle permet de maximiser les bienfaits de chaque discipline et d’accéder au meilleur des deux mondes. Je parle ici du plaisir et de la richesse qu’on peut trouver à mettre de côté nos certitudes, comme lors d’un voyage, le temps d’apprendre…

La grossesse est un de ces voyages qu’il importe de passer en bonne compagnie. L’acupuncture constitue l’alliée de choix, efficace et complémentaire d’un suivi de maternité (avec médecin ou sage-femme). Les applications de l’acupuncture durant cette période fascinante sont vastes. Les observations positives venant des femmes, des médecins et des sage-femmes sont bien réelles. Plusieurs recherches et études cliniques menées sur le sujet ont démontré l’efficacité de l’acupuncture en périnatalité pour différentes raisons : accompagnement en fertilité, tonification du système immunitaire, meilleur sommeil, réduction des douleurs, du stress, des nausées, du nombre de présentations par le siège, du nombre d’heure de travail, etc.

La biomédecine est la mécanicienne du corps. Elle agit en enlevant, remplaçant ou ajoutant des éléments, souvent afin de camoufler ou contrôler certains signes et symptômes bien spécifiques. Pendant ce temps, l’acupuncture s’adresse d’abord à l’homéostasie, c’est-à-dire à la capacité du corps à tendre naturellement vers un certain équilibre. Nous sommes constamment en interaction avec notre environnement par un certain rapport de force, mais notre aptitude à y réagir n’est pas toujours la même. Elle varie suivant notre état (fatigue, tensions émotives, baisse du système immunitaire, stress, etc.). L’aventure de la grossesse demande au corps une constante adaptation aux changements qui s’y opèrent. C’est à cette fin que l’acupuncture bénéficie grandement aux femmes enceintes. L’objectif premier est alors de stimuler les ressources intrinsèques du corps afin de les potentialiser. L’acupuncture peut prévenir en amont, de façon sécuritaire et efficace, une panoplie de petits maux de la grossesse (certains considérés à tort comme étant la norme parce que communs). Elle permet ainsi de réduire le nombre d’interventions médicales.

Un suivi de grossesse en acupuncture suggère un traitement par mois, dès le début de la grossesse. C’est lors de ces rencontres qu’il sera approprié de traiter en prévention tout déséquilibre. Outre l’usage des aiguilles et parfois d’autres techniques complémentaires, l’acupuncteur vous conseillera sur votre mode de vie, en lien avec votre profil. Pour une condition plus spécifique à traiter, il pourrait être nécessaire de faire un suivi de quelques rencontres. À partir de la 37e semaine d’aménorrhée, les rencontres seront plus rapprochées, à raison d’une par semaine. Les traitements viseront alors à bien préparer le corps pour l’accouchement et à augmenter l’efficacité du travail (position optimale du bébé, préparation du col et du périnée, de la contractilité, tonification de l’énergie, régularisation du système nerveux, prévention du dépassement du terme, etc.). Il est même possible d’être accompagnée d’un acupuncteur lors de l’accouchement (réduction du temps de travail, des complications, des interventions, etc.). La période de récupération post-partum présente elle aussi des défis. Votre acupuncteur saura encore une fois vous épauler durant cette période.

Inévitablement, notre système de santé sera appelé à accorder une plus grande place aux médecines complémentaires afin de répondre aux besoins d’une société qui s’y intéresse de plus en plus. La périnatalité n’y fait pas exception. Acupuncteurs, médecins et sage-femmes : une équipe unie pour les meilleurs soins possibles !

Références:

Neri I, Airola G, Contu G, Allais G, Faccinetti F, Benedetto C. 2004. Acupuncture plus moxibustion to resolve breech presentation: a randomized controlled study, Journal of Maternal, Fetal and Neonatal Medicine.

Smith C, Crowther C, Beilby J. 2002. Acupuncture to treat nausea and vomiting in early pregnancy: a randomized trial.

Elden H, Ladfors I, Fagevik Olsen M, Ostaard H, Hagberg H. 2005. Effects of acupuncture and stabilizing exercise as an adjunct to standard treatment in pregnant women with pelvic girdle pain: a randomized single blind controlled trial, British Medical Journal

Liang L. 2003. Acupuncture and IVF, Blue Poppy Press, Boulder, Colorado.

Paulus WE, Zhang M, Strehler E, El-Danasouri I, Sterzik K. 2002. Influence of acupuncture on the pregnancy rate in patients who undergo assisted reproduction therapy.

Harper TC, Coeytaux RR, Chen W et al. 2006. A randomized controlled trial of acupuncture for the initiation of labour in nulliparous women, Journal of Maternal, Fetal and Neonatal Medicine.

Rabl M, Ahner R, Bitschnau M, Zeisler H, Husslein P. 2001. Acupuncture for cervical ripening and induction of labour at term – a randomized controlled trial.

Zeisler H, Tempfer C, Mayerhofer K, Barrada M, Husslein P. 1998. Influence of acupuncture on the duration of labour.

 

Article paru sur le site infonaturel.ca le 8 novembre 2013

L’orgasme au besoin éloigne le médecin : La tension sexuelle comme cause de déséquilibres en médecine traditionnelle chinoise, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

Orgasme

Une grande majorité d’hommes « orgasme » durant les relations sexuelles. Pour les femmes, on estime à environ 30% celles qui jouissent régulièrement (Le nouveau rapport Hite, 2002). Comment interpréter cet écart ? Serait-il le reflet d’une société qui privilégie d’abord et avant tout le plaisir masculin ? L’orgasme, puisqu’il n’est pas nécessaire à la procréation, serait-il facultatif ? Possèderait-il des effets bénéfiques, autres que le plaisir ? Et s’il faisait partie intégrante d’une bonne santé ? Voyons comment la grille d’analyse de la médecine chinoise permet d’observer plusieurs bénéfices d’une vie sexuelle saine.

L’excès sexuel

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) parle souvent d’excès sexuels comme cause de divers déséquilibres. Il n’y a pas de chiffres préétablis quant à la fréquence idéale des rapports sexuels, mais il est clair qu’une sexualité excessive dépasse, par définition, les besoins propres à la personne. Lorsque cette limite est franchie, on notera, à la suite de l’activité sexuelle, l’apparition ou l’aggravation de certains signes et symptômes : fatigue importante, vertiges, vision trouble, douleur lombaire, urines fréquentes, etc. Cette situation concerne particulièrement les hommes, et nous en verrons ici la raison.

En MTC, l’Essence des Reins est une substance précieuse et nourricière qui permet, entre autres, la création de la vie. Elle est directement liée à la conception et à la fertilité et se matérialise de façon différente chez l’homme (sperme) et chez la femme (ovules et sang menstruel)[1]. Chez l’homme, la perte importante de sperme engendrée par des éjaculations trop fréquentes finira par épuiser directement les Reins, où l’Essence est stockée. La demande étant trop grande, le corps ne disposera alors pas du temps nécessaire à la régénération et il devra puiser dans ses précieuses réserves. On comprend ainsi pourquoi en MTC les excès sexuels représentent une cause de déséquilibres chez les patients de sexe masculin, par l’émission de sperme impliquée et la perte d’Essence en résultant.

La femme n’épuise pas son Essence de la même façon. Certaines peuvent émettre une perte liquidienne lors de l’orgasme ou de l’excitation sexuelle, mais ce liquide n’a pas le pouvoir fertilisant du sperme et n’est donc pas considéré comme de l’Essence. Cette précieuse substance est plutôt contenue dans les ovules et dans le sang menstruel. C’est par une ménorragie chronique, des accouchements hémorragiques (ou répétés/rapprochés) ou encore la stimulation ovarienne (comme elle est pratiquée dans les processus de procréation assistée) que la femme finira par épuiser l’Essence de ses Reins, et non par des relations sexuelles excessives.

Nous le voyons, au sujet de la sexualité, la MTC s’est surtout intéressée à l’excès et à ses impacts  sur la santé des hommes. On pourrait penser à tort que les femmes ne sont pas concernées par les conseils portant sur la vaste sphère sexuelle, et pourtant… Une sexualité mal vécue (et pas seulement excessive) aura des effets majeurs sur la santé de tous et toutes.

 

La tension sexuelle

En MTC, le désir sexuel répond principalement du Yang des Reins. Lorsque ce Yang est trop abondant, la personne pourra mener une vie sexuelle excessive pour ses capacités. Si, en contre-partie, le Yang est faible, on observera bien souvent une libido très basse, voire absente. Bien sûr, une situation où le désir et l’activité sexuels sont tous deux absents, donc balancés, ne donnera lieu à aucun déséquilibre. Ce sera tout de même le reflet d’une faiblesse des Reins. Un appétit sexuel bien dosé et bien assouvi est gage d’une bonne santé. Une sexualité désirée mais absente, trop faible ou non satisfaisante, peut aussi être une cause de pathologies.

L’énergie sexuelle doit bouger, circuler et être en mouvement. Quand le désir et l’excitation naissent, le Yang des Reins s’embrase et ce phénomène provoque la turgescence (gonflement) typique des organes sexuels. L’orgasme, salutaire, permet ensuite la détumescence (retour à la normale) grâce à plusieurs réponses physiologiques : éjaculation de fluides accompagnée de contractions rythmiques (périnéales, intra-vaginales, utérines, etc.) provoquant le reflux du sang par vagues. Cette décharge bénéfique rend possible la libération de la tension accumulée, un retour au calme, ainsi que la remise en circulation efficace et harmonieuse de l’énergie (Qi) et du Sang. Cette libre-circulation est importante pour la sphère gynécologique féminine[2]. Or, comme nous l’indiquions plus haut et malgré tous les avantages démontrés que procure l’orgasme, Le nouveau rapport Hite (2002) indique que moins d’une femme sur trois orgasme régulièrement lors des relations sexuelles (ce chiffre monte à 44% avec stimulation clitoridienne).

Impacts physiques

Si l’excitation sexuelle ne trouve pas de voie de sortie par l’orgasme, l’énergie créée aura tendance à s’accumuler et à stagner. Tout blocage à ce niveau résultera inévitablement non seulement en une tension sexuelle, qu’on peut traduire par une Stagnation de Qi, mais éventuellement en une Stagnation de Sang spécifiquement à l’utérus. Parfois, les menstruations, telles une soupape, aideront et suffiront à éliminer ces stagnations. D’autres fois, lorsque plus importantes, elles s’accumuleront et entraîneront, ou participeront, à des pathologies gynécologiques diverses, telles la dysménorrhée, l’endométriose, les kystes, les fibromes, etc. Par exemple, durant la période prémenstruelle, le sang commence déjà à s’accumuler dans la région génitale. Si à cela s’ajoute une congestion locale préexistante, la zone se trouve alors doublement engorgée et le pronostic de douleurs menstruelles pourrait s’avérer.

Une vie sexuelle sans orgasme peut donc être la cause d’une grande variété d’affections. Le lot d’atteintes de la sphère génitale féminine peut ainsi trouver quelques explications. De plus, l’absence d’orgasme répétée, alors que la femme se retrouve régulièrement à un point élevé d’excitation, provoque bien souvent son lot de frustrations…

Impacts psychologiques

En MTC, le Foie veille de façon permanente à ce que la circulation se fasse sans entrave dans l’ensemble de l’organisme. Tout stress, colère ou autres émotions mal gérées, non exprimées et persistantes, occasionneront un blocage qu’on traduit en MTC par un syndrome bien précis : la stagnation du Qi du Foie. Le méridien du Foie parcourt les organes génitaux internes et externes, l’abdomen et la poitrine, ce qui explique son lien privilégié avec ces zones qu’il dessert. La libre-circulation est bloquée par l’insatisfaction sexuelle perpétuelle et par toutes les émotions associées (dépression, malaise, colère refoulée, rancune, sentiment de solitude, humiliation, culpabilité, etc.). Dans ce contexte, la sexualité ne peut pas être optimale. L’orgasme devient difficile à atteindre et le cycle se perpétue.

C’est ainsi que notre corps nous parle. Or, il existe tellement de façon de lui faire violence et de l’ignorer pour le taire, le refuser, l’oublier toujours plus… Parmi les moyens les plus violents pour contrôler la sexualité des femmes par la limitation de la jouissance, rappelons le cas bien connu de l’excision, ou des autres formes de mutilations des organes génitaux féminins, matérialisation du déni de la sexualité de la femme. La libération sexuelle n’est pas aisée pour toutes. Pour y arriver, l’esprit doit être ouvert, confiant, apte à ressentir et en paix avec certains traumatismes, malheureusement trop fréquents dans l’intimité des femmes. Les obstacles au lâcher-prise nous éloignent du moment présent et peuvent être multiples sur le chemin : honte, tracas, peur, appréhension, manque de confiance, patterns bien ancrés, mauvais souvenirs qui refont surface, blessures, etc. L’objectif de la « normalité » et le conditionnement social, soit par la religion, la culture, l’éducation ou l’hétérosexisme, nous éloignent de notre nature, nous privent de notre liberté et provoquent souvent un malaise sexuel profond, plutôt qu’une saine et souhaitable expression. Cette situation freine encore plus la libre-circulation de l’énergie par le biais d’émotions telles la gêne, la peur de déplaire, la honte de demander, la crainte du jugement, etc.

Se refaire une santé

Il n’est pas question ici de culpabiliser, de multiplier les relations sexuelles et de viser l’orgasme à tout prix, ce qui risquerait potentiellement de nous éloigner… Le temps du devoir conjugal est révolu. Les relations sexuelles non désirées, plus fréquentes qu’on ne le croit, entravent elles aussi la libre-circulation au bassin et engendrent des blessures d’ordre psychologique. Encore faut-il réapprivoiser ces rapports et en avoir envie, afin qu’ils soient agréables et libérateurs. Sinon, le risque sera grand d’accumuler les blocages. Bien sûr, n’oublions pas qu’une stimulation adroite est souvent essentielle.

Pour arriver à plus d’épanouissement sexuel, il faut prendre en charge sa propre sexualité et s’autoriser la jouissance, avec ou sans partenaire, avec ou sans pénétration, pour soi d’abord. Le persistant tabou de la masturbation féminine, cette liberté culturellement refusée, ne rend cependant pas la chose facile. Pourtant, Le Nouveau Rapport Hite démontre que l’autostimulation, malgré le peu de place qu’on lui accorde, demeure le meilleur moyen pour les femmes d’atteindre l’orgasme (avec 95% de taux de réussite, en un temps moyen de quatre minutes). Ces statistiques sont porteuses d’espoir. Elles démystifient l’orgasme féminin et déconstruisent la fausse croyance selon laquelle les femmes prennent beaucoup de temps à jouir, qu’elles sont « frigides » ou anorgasmiques. Quand les femmes cessent d’être passives et d’attendre que le plaisir leur soit prodigué, elles prennent la responsabilité de leur propre orgasme… et savent très bien l’atteindre.

Il est grand temps que les femmes se réapproprient leur corps pour mieux l’habiter, le comprendre, l’expérimenter et, surtout, afin de faire des choix libres. Alors peut-être, une fois leur sexualité sortie de l’ombre, arrêteront-elles de renoncer à leur plaisir et accepteront-elles même de le partager…  À quand remonte votre dernier orgasme… ?

 


 

Hite, Shere, 2002, Le nouveau rapport Hite sur la sexualité féminine, Paris, Robert Laffont

Maciocia, Giovanni, 1998, Gynécologie et obstétrique en médecine chinoise, Bruxelles, SATAS

Maciocia, Giovanni, Maciocia online, http://maciociaonline.blogspot.ca/2011/07/sexual-life-in-chinese-medicine.html

Bruce, Heater, Easy babies, http://easybabies.com.au/the-aim-of-pre-pregnancy-acupuncture-treatment/

Bruce, Heater, Easy babies, http://easybabies.com.au/periodsfertility-pregnancy-and-loving-the-missing-link/

Bruce, Heater, Medigogy, http://www.medigogy.com/archives/missing-link-orgasms-freeing-stuck-liver-qi


[1] Il est intéressant de noter qu’à l’état embryonnaire, les testicules et les ovaires proviennent du même endroit, tout près des reins.

[2] Par sphère gynécologique féminine, on fait ici référence au cycle menstruel, à la fertilité, à la grossesse, à l’accouchement, à la ménopause, etc.

Stagnation de Qi du Foie politique: Étude de cas partagée, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

Depuis quelques semaines, je remarque que plusieurs de mes patients sont fortement ébranlés par le climat politique sévissant présentement au Québec. Certains me parlent d’une augmentation de leurs douleurs en lien avec le stress, d’autres mentionnent l’anxiété, la colère, la frustration, la peur, l’incompréhension, les problèmes de sommeil ou de concentration, etc.

Afin d’apporter une autre vision de cette crise, j’ai cru bon de tenter une petite analyse non exhaustive et sans prétention, basée sur le système de pensée de la médecine chinoise. J’appellerai le syndrome sur lequel je me penche ici la « Stagnation de Qi du Foie politique ». J’en déterminerai l’étiologie (les causes), la symptomatologie (signes et symptômes) et la thérapeutique (différents traitements possibles).

La colère et la médecine chinoise

Contrairement à ce que l’on prône quand on préfère le silence à la revendication, ou la résignation à l’indignation, la médecine chinoise offre une place de choix à la colère. Loin d’être un sentiment sale et affolant qu’on évite à tout prix, la colère fait plutôt partie des cinq émotions fondamentales permettant à un être humain de vivre sainement, lorsque ces cinq émotions sont équilibrées. Les quatre autres émotions sont la joie, le souci, la tristesse et la peur. Bien sûr, chaque catégorie d’émotions regroupe en elle-même une panoplie d’autres états dérivés et associés.

 En médecine chinoise, l’organe du Foie et l’émotion de la colère sont associés à la sphère énergétique de l’élément Bois. En ce qui concerne les émotions de façon générale, le Foie a le rôle d’en assurer la libre-circulation chez une personne. Il est aisé de comprendre que la façon de gérer la colère, émotion spécifique du Foie, de façon plus ou moins fluide, aura un impact non négligeable sur cet organe.

Bien qu’elle puisse parfois se manifester comme tel, la colère n’est pas nécessairement synonyme d’agressivité ou de violence. C’est plutôt un élan expressif, affirmatif et communicatif qui permet de nous opposer, de réagir, de nous défendre (contre un danger ou une menace), de dépasser un obstacle, mais aussi de faire respecter nos désirs, nos idées et nos limites, une sorte de pulsion ou d’instinct de survie. Ainsi, la colère est souvent une réaction tout à fait naturelle, saine et souhaitable en réponse au sentiment d’injustice.

Étiologie de la Stagnation de Qi du Foie politique

Comme nous venons de le voir, vivre nos émotions sainement (qu’elles soient socialement acceptées ou non) est primordial à l’épanouissement de chacun. Le refoulement, la négation ou la prolongation dans le temps d’une émotion sont des facteurs qui risquent inévitablement d’exacerber cette émotion. Elle se manifestera alors de façon déséquilibrée, entraînant tôt ou tard des impacts négatifs et ce, à plusieurs niveaux.

Contrairement à la tristesse, par exemple, qui représente un mouvement d’intériorisation, la colère se traduit plutôt par un mouvement naturel qui fait qu’elle doit être extériorisée. La répression, le contrôle et une éducation trop restrictive se traduisent par une colère refoulée donnant éventuellement lieu à d’importants déséquilibres qui, à long terme, peuvent être très nocifs pour la santé d’un individu (maladies dégénératives) et d’une société (éventuellement désabusée). Bref, le Foie entravé dans sa fonction de libre-circulation par une colère non-exprimée fait face à un processus d’accumulation : la Stagnation du Qi du Foie. Dans la société actuelle, la colère a si mauvaise presse qu’on ne doit pas être surpris de voir l’épidémie d’états dépressifs dans laquelle nous baignons grandir continuellement.

Outre la colère refoulée, le stress prolongé est une des causes majeures de la Stagnation de Qi du Foie. Le stress constant, qui atteint des niveaux assez élevés dans notre société, a le même effet négatif sur cet organe et ce, dû au type de tension interne semblable qu’il provoque. Peu importe les allégeances, la crise qui règne présentement chez-nous entraîne sa dose de stress quotidiens : insécurité, surmenage, fatigue, conflits intergénérationnels et familiaux, divergences d’opinions, sentiment d’incompréhension de part et d’autre, etc.

C’est ainsi que le syndrome de Stagnation de Qi du Foie, phénomène plutôt rare chez les patients dans les écrits traditionnels chinois, est désormais de plus en plus répandu dans notre monde occidental, cette société qui carbure à la productivité et aux performances. En fait, il s’agit actuellement d’un des syndromes les plus souvent traités. Cet état de tension soutenue, lorsque généralisé, peut muter de la sphère individuelle à la sphère collective, d’où cette appellation sur mesure pour la crise que nous traversons : la Stagnation de Qi du Foie politique !

Symptomatologie 

Divers symptômes physiques et psychologiques traduisent la Stagnation de Qi du Foie, le principal étant la dépression mentale. On observera souvent un sentiment perpétuel d’insatisfaction, d’humiliation, de mal-être, de ressentiment, de mélancolie, de désillusion, d’animosité, de pessimisme, d’impuissance et de frustration.

En plus de ces symptômes psychologiques, on pourra noter une humeur labile, c’est-à-dire changeante, peu stable, qui passe rapidement d’un état à l’autre. En effet, il n’est pas rare de voir ce syndrome, la Stagnation de Qi du Foie, cohabiter de façon cyclique avec un autre qu’on nomme la Montée de Yang du Foie. On observera alors de la susceptibilité, des emportements subits, des maux de tête, des palpitations, de l’insomnie, etc. Certaines personnes se voient ainsi transformées en cocotte-minute. La Stagnation de Qi du Foie qui perdure pourra également, par implosion, se transformer en Feu… du Foie. Les symptômes pourront alors  atteindre des niveaux inégalés et spectaculaires : sensation de chaleur intense, cauchemars, rougeur des yeux et énervement pouvant atteindre la folie. La colère sera alors très violente.

La même escalade peut se produire dans une société : une colère refoulée peut donner lieu à des problèmes de dépression généralisée (la consommation d’anti-dépresseurs est en pleine expansion au Québec, son augmentation ayant été chiffrée à 8,3% entre 2005 et 2009[1]) ainsi qu’à un désintérêt pour tout ce qui concerne le politique et la société : difficulté de se projeter vers l’avenir, indifférence, taux d’absentéisme élevé, etc.

Si la tension perdure, nous ferons face à des crises sociales d’envergure, qui permettront une certaine libération par remise en circulation momentanée du Qi. Ces dernières, résultant d’une accumulation, paraîtront évidemment démesurées aux yeux des dirigeants. Pourtant, ceux-ci auraient tout à gagner à écouter le message de fond de ce ras-le-bol et d’y répondre avec respect, maturité et ouverture plutôt que de le taire, le ridiculiser ou l’ignorer.

Thérapeutique

L’acupuncture peut soulager la manifestation des signes et symptômes que nous venons d’aborder, et elle permet aussi de « délier » les différents blocages engendrés par la Stagnation de Qi du Foie. Malheureusement, si aucun changement de fond n’est apporté à l’hygiène de vie de l’individu, les améliorations ne seront pas durables.

 

Chaque élément est symbolisé non seulement par un organe et une émotion, mais aussi par une fonction et une action qui lui sont propres. La sphère du Bois, qui nous intéresse ici, est représentée par la marche. Le mouvement suivant, le Feu peut quant à lui permettre de « drainer » le Bois par sa propre fonction, soit la parole. Vous me voyez venir : cela se fait très bien dans une manifestation !

Ces derniers conseils ne sont malheureusement que des soupapes de sécurité permettant de « ventiler » un peu, mais n’oublions pas que la médecine chinoise en est une préventive. Il est donc important de se pencher, comme individu et comme société, sur les causes de ce malaise généralisé.

Il m’apparaît important de reconnaître les sentiments qui nous traversent, qu’ils soient bien vus et encouragés ou non. Et gardons cette idée en tête : se couper d’une colère saine et combien constructive, c’est aussi renoncer à beaucoup de bonheur et d’espoir. Une émotion bien vécue et bien reçue se transforme progressivement par elle-même en une émotion d’une autre nature. Le Bois nourrit le Feu, ainsi la colère bien exprimée et accueillie nourrit la joie !

« Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale que d’être bien adapté à une société malade. » -Jiddu Krishnamurti

Nos dirigeants devraient donc se réjouir et honorer ce signe de bonne santé de la population que nous démontrons aujourd’hui : la colère est l’élan vital qui permet de sortir de l’immobilisme, du syndrome de la page blanche sociétale. C’est de loin plus souhaitable qu‘une population endormie par le cynisme et les médicaments…


[1] Selon le Portrait de l’usage des antidépresseurs chez les adultes assurés par le régime public d’assurances-médicaments du Québec, conseil du médicament, janvier 2011.

Bien vivre le printemps avec la médecine chinoise, par Chantelle Vignola-Clermont, Ac.

Depuis déjà quelques semaines, sans que nous n’en ayons pris conscience, la nature (toute chose vivante, l’être humain compris !) se réveille tranquillement, se préparant déjà à l’arrivée du printemps. Notre organisme profite donc de ce temps d’adaptation pour intégrer les changements qui s’opèrent et nous permettront de passer de l’hiver au printemps. Selon la médecine chinoise, et comme le veut la philosophie taoïste, nous sommes à l’image de ce qui nous entoure. Il est bénéfique de tout mettre en place afin de profiter pleinement de cette nouvelle saison. Pour ce faire, il nous faudra porter une attention particulière à la santé de notre Foie.

 

Selon la symbolique des cinq éléments, l’Eau (hiver) nourrit le Bois (printemps) qui nourrira à son tour le Feu (été). Sans cet engendrement, les saisons n’existeraient pas puisqu’il n’y aurait ni transformation, ni mouvement.

 

Le printemps, saison Yang

Contrairement à l’hiver où le Yin domine et où le recueillement et la conservation d’énergie sont de mise, le mouvement du printemps en est un d’expansion. La nature se délie alors dans un rythme accéléré et il nous est facile de ressentir cette effervescence, même dans le béton des villes. En médecine chinoise, chaque saison est en lien avec un organe particulier. Le propre de l’énergie du Foie, organe du printemps, est de s’extérioriser et monter, à l’image de la verdure qui foisonne elle aussi de la même façon.

La dynamique des saisons se traduit souvent par une variation dans notre capacité d’adaptation. Par exemple, pour quelqu’un ayant une énergie du Foie bien équilibrée, il sera aisé de profiter du printemps et de se fondre dans cette nouvelle énergie qui se déploie. On pourra alors ressentir une forte vitalité, un désir de création, de changements et une envie de nouer des liens (saison des amours !). Cependant, quelqu’un qui a un Foie moins équilibré pourra à ce moment ressentir quelques désagréments : indécision, douleurs menstruelles accrues, constipation, soupirs constants, dépression, raideurs musculaires, anxiété, insomnie, problèmes digestifs, colère, irritabilité, etc. Pour cette raison, il est important de favoriser la prévention en adoptant de saines habitudes de vie, qui feront toute la différence.

Le Foie, organe des émotions

La fonction principale du Foie est d’assurer la libre-circulation de l’énergie (fluides, émotions, sang, etc.) dans le corps. Cette circulation sans entrave est importante pour que l’organisme puisse à la fois se débarrasser aisément de ses déchets et toxines mais aussi pour maintenir un rythme fluide dans toutes transformations ou réactions (en évitant ainsi l’« heure de pointe » et les désagréments qui s’en suivent !). La frustration, le ressentiment et le stress sont des émotions prenantes et sournoises qui ont un puissant impact sur le Foie. C’est bien connu, le nombre de patients qui consultent pour des symptômes reliés de près ou de loin au stress est assez élevé. Notre mode de vie demande beaucoup de ressources à cet organe de première importance.

Quand la fonction de libre-circulation est entravée pour une raison ou pour une autre, l’énergie s’accumule et stagne dans le Foie. Il en résultera certains blocages qui tôt ou tard se manifesteront. Par exemple, prenons une frustration qui perdure et que l’on réprime. Cet état prolongé risque éventuellement de se transformer en colère, qui se manifestera le plus souvent par une montée d’énergie suivant le mouvement propre du Foie qui est l’expansion. Cette réaction est en quelque sorte un réflexe pour faire bouger les choses et se « déstagner », bien que temporairement, comme une soupape. La personne aura soudainement chaud, son visage rougira et elle « explosera » sans doute. Effectivement, un Foie « surpressé » par un état de tensions internes ou d’anxiétés permanentes nous transformera par à-coups en cocotte-minute. Lorsque nous nous laissons envahir par une émotion ou, pire encore, que nous la réprimons, le Foie est le premier à écoper, mais rapidement tout l’organisme s’en ressentira.

Les contraintes font partie de la vie, et évidemment, le but n’est pas d’empêcher la colère de s’exprimer : la personne la tournerait alors contre elle-même et la stagnation d’énergie n’en serait que plus forte. Plusieurs techniques existent cependant pour aider à la gestion des émotions. Tendre vers le lâcher-prise en laissant les émotions (surtout le ressentiment, la colère et la frustration) couler sans se laisser envahir ou y résister est une saine attitude à avoir. Une autre bonne façon de permettre au Foie de « souffler » est l’expression. Écrire ou parler, ça aide à déstagner ! La créativité, qui comme la parole appartient à l’élément Feu, nous permet elle aussi de laisser sortir la vapeur et encore mieux, d’effectuer des changements afin que notre vie corresponde toujours plus à nos aspirations. Transformer nos émotions en opportunités de changement peut finalement faire toute la différence dans notre vie.

S’activer pour une meilleure circulation de l’énergie

On dit que le Foie nourrit les muscles et les tendons. Au printemps, il sera bénéfique de favoriser l’activité physique, surtout l’étirement musculaire (notamment la face interne des jambes, territoire où passe le méridien du Foie) et la marche rapide, ce qui aura pour effet de favoriser une circulation fluide de l’énergie. Ce faisant, nous prévenons et traitons les stagnations d’ordre physique et émotive. Une attention particulière pourra être portée à l’étirement et au massage des muscles du cou et de la nuque, endroits souvent tendus par le stress (l’énergie du Foie monte et y stagne alors). Ces manipulations seront particulièrement salutaires si vous souffrez de maux de tête ou d’insomnie.

Si notre travail requiert de longues heures en position assise ou immobile, il est maintenant temps de profiter de l’heure du dîner ou de la pause pour sortir le nez dehors et se dégourdir. Favoriser la marche peut aussi se faire facilement en accordant plus de place aux déplacements actifs. Descendez plus tôt de l’autobus pour marcher jusqu’à votre destination !

La respiration, toujours !

Des exercices de respiration aideront aussi à soutenir le Foie. En effet, on dit que l’élément Métal (représenté par le Poumon) « contrôle » le Bois (Foie). Pour imager ce lien, pensez au bienfait de sortir s’aérer les esprits lorsque vous êtes en colère. Une bonne oxygénation tempérera le Foie, qui a souvent tendance à s’emballer. Notre corps soudainement plus actif au printemps saura bénéficier de cet apport supplémentaire d’oxygène. Sortez !

Les saveurs du printemps

En médecine chinoise, chaque élément est lié à une saveur. La consommation modérée de cette saveur « soutiendra » l’énergie en cours. Au printemps, l’acide est particulièrement ciblé. Bien que les cinq saveurs doivent avoir leur place dans une alimentation équilibrée, le goût acide, plutôt astringent, pourra à ce moment être privilégié (sans excès) pour apaiser un Foie trop fort. Pour un bon drainage, il peut être très bénéfique de boire une eau légèrement citronnée au matin, dès le lever, pendant deux semaines.

Le Foie se restaure aussi par la saveur amère (appartenant à l’élément Feu, suivant le Bois dans le cycle des cinq éléments). Plusieurs plantes peuvent être utilisées dans cette optique, notamment le radis noir. Vous pouvez aussi intégrer des feuilles de pissenlit à vos salades, par exemple.

Le Foie, tel un filtre, a tendance à accumuler les déchets véhiculés par le sang. Le printemps est un très bon moment pour se débarrasser des toxines accumulées durant l’hiver. Laissez les repas plus lourds de côté et optez plutôt pour des repas légers et pleins de vitalité. Favorisez les légumes les plus verts possible (kale, asperges, artichauts, épinards, etc.). N’hésitez pas à les cuire légèrement, à la vapeur ou en sauté, par exemple, afin d’augmenter leur digestibilité. L’ail et l’échalote pourront aussi occuper une place de choix dans vos repas. Pour diminuer le travail de votre Foie, déjà très sollicité par son « ménage du printemps », la modération est de mise avec les aliments suivants : alcool, gras, fritures, produits laitiers, chocolat, produits raffinés, café, etc. Préconisez les viandes légères (poulet, poisson) aux viandes rouges et grasses.

Consultez en acupuncture !

L’acupuncture vise avant tout le mouvement de l’énergie. Son principe de base est que tout déséquilibre ou maladie vient d’un blocage dans la circulation harmonieuse de l’énergie. De ce fait, l’acupuncture a une forte complémentarité avec le Foie et celui-ci répond particulièrement bien aux aiguilles. L’acupuncture et le Foie ont une fonction très similaire : assurer une circulation fluide et sans entrave de l’énergie dans le corps. C’est pourquoi un traitement de changement de saison en acupuncture, en ce début de printemps, ne peut être que bénéfique. Votre Foie vous en sera reconnaissant !

Bon printemps !

Sources :

MACIOCIA, Giovanni. 2008. Les principes fondamentaux de la médecine chinoise, Elsevier, Belgique.

SIONNEAU, Philippe et ZAGORSKI, Richard. 2001. La diététique du tao-Une sagesse millénaire au service de votre santé, Guy Trédaniel, France.

LAADING, Isabelle. 2009. Les cinq saisons de l’énergie, Ara, Québec.

Article paru sur le site infonaturel.ca le 11 mars 2012